Formation, coaching et consultation en gestion artistique

Alain Lacoursière, expert en oeuvres d’art

Alain Lacoursière, Expert en œuvres d’art. Crédit photo: Charlotte Bergeron Demers

Afin de toucher un large public, les arts visuels doivent nécessairement être médiatisés. Alain Lacoursière, expert évaluateur d’œuvres d’art et ex policier spécialisé dans les crimes liés à l’art, est de ceux qui contribuent à la démocratisation et à la démystification du milieu de l’art auprès des québécois. En 2011, le succès populaire de la série Art sous enquête, dans laquelle il est l’animateur, y est certes pour quelque chose. Aussi, de nombreux articles de journaux, le lancement de sa biographie et des apparitions télévisées répétées lui assure une visibilité inespérée, mais surtout, une opportunité de partager sa passion avec le public. Ces circonstances favorables permettent à l’historien d’art de lancer son entreprise d’expertises en œuvres d’art, suite à sa retraite du milieu policier, en 2010.

Selon lui, faire de l’enquête policière ou une enquête en histoire de l’art pour authentifier et évaluer la valeur marchande d’une pièce comporte des similitudes; au final, c’est l’œuvre qui parle.

« Faire de l’évaluation, c’est d’abord une question de contacts avec les experts pour chaque type d’œuvres d’art. J’ai un minimum de 4000 contacts à travers le monde. » Il cite en exemple Claude Picasso, celui-ci étant le seul expert habilité à délivrer des certificats d’authenticité pour les œuvres de son célèbre père. « Il pourrait y avoir l’empreinte digitale de Picasso dans un tableau, mais si Claude Picasso dit que ce n’est pas un authentique, personne ne voudra le vendre.»

Ces précieux contacts proviennent essentiellement de ses années d’enquêteur dans la police, mais aussi, grâce à la série Art sous enquête. Il se rappelle l’inestimable opportunité que fût pour lui la diffusion de cette émission télévisée. « Mon travail dans la police m’a ouvert bien des portes dans ce milieu mais ensuite, Art sous enquête a été une pub incroyable.  Le « teaser» de la série, c’était la police. Je me suis battu avec la presse télé qui voulait que le contenu soit 70% police et 30% œuvres d’art. Moi, je voulais le contraire. ». Finalement, la série a permis aux spectateurs de se familiariser avec un grand nombre d’artistes et de chefs-d’œuvre de l’art québécois. Alain Lacoursière admet toutefois être suivi par son passé d’enquêteur car, encore aujourd’hui, des gens le contactent pour des enquêtes relatives à des vols d’œuvres. « Je leur dis d’appeler la police… »

En plus de recourir à différents experts stylistiques et laboratoires scientifiques pour l’aider à faire ses évaluations, monsieur Lacoursière collabore avec de nombreuses galeries réputées, notamment afin de connaître les plus récents résultats de ventes pour certaines œuvres par exemple. Il déclare même débourser une petite fortune pour des abonnements et accès aux plus importantes banques mondiales de données informatiques spécialisées dans le recensement d’informations portant sur le marché de l’art international telles que des adjudications détaillées, des rapports analytiques, des images d’œuvres et toute l’actualité sur la cote des artistes.

Il mentionne qu’il arrive que des clients le contactent pour des œuvres qui ne valent rien et même, pour des posters collés sur des toiles. Parfois, ces personnes sont insultées et refusent de croire qu’ils ont des faux en leur possession. « Au début, je me faisais prendre et je me rendais chez des clients pour ensuite réaliser que j’étais devant un poster.  Maintenant, je demande d’abord des photos par courriel avant de me déplacer. »

Inversement, le milieu du crime organisé est plutôt aux faits de la valeur de l’art. À ce sujet, Alain Lacoursière affirme que les enquêteurs formés en histoire de l’art sont très rares et pourtant, cela devrait être une nécessité.

« Si tu entres dans un salon chez les Hells Angels et que tu vois une œuvre de Jean McEwan sur le mur, que tu dis aux autres flics d’embarquer ça, ils se demandent pourquoi.

–          Ce tableau là, il vaut 100 000$!

–          Ben voyons donc!

–          Ben oui…

Et il a déjà dit à un collègue :

–          L’affaire qui sert de stoppeur de porte, tu l’embarques dans ton char quand on part.

–          Quoi, la mâchée de gomme?

–          Ouais, la mâchée de gomme, c’est un bronze de Riopelle. Ça vaut un quart de million.

Le motard sait que le policier ne va pas ramasser ça parce qu’il n’est habituellement pas au courant. Il va plutôt ramasser le système de son à 300$. Donc, si un enquêteur n’a pas reçu de formation en Histoire de l’art, il lui en manque un bout. »

Usant d’un langage coloré, Alain Lacoursière ne mâche pas ses mots lorsqu’on lui demande quels seraient les conseils qu’il prodiguerait à des novices dans l’acquisition d’œuvres d’art.

« Les affaires de cabanes à sucre, etc., c’est fini. Les jeunes collectionneurs ne veulent pas de ça. Même si pôpa veut donner son tableau qui valait 22 000$, les jeunes n’en veulent pas et ils le mettent à l’encan pour en retirer 1000$… Même les musées n’en veulent pas. Et les peintres autodidactes qui « pitchent » de la peinture sur une toile, comme on en voyait dans les années 70, nous n’en sommes plus là. Aujourd’hui, nous avons des artistes comme Etienne St-Amand, détenteur d’une Maîtrise ès Sciences (M.Sc.) en Informatique avec cheminement spécialisé en imagerie et médias numériques. »

Il souligne trois points importants qui déterminent la cote d’un artiste : la qualité de sa formation, quelle(s) galerie(s) importante(s) le représente(nt) et quels sont les musées ou les grandes collections qui en possèdent ou qui souhaitent en acquérir. Lorsqu’il conseille des clients qui hésitent entre deux tableaux qui leur plaisent, souvent il tranche de par le parcours de l’artiste. « Il est possible de faire de bonnes affaires. Par exemple, si nous regardons ceux qui ont acheté des œuvres de Marc Séguin à 3 000$ en 2003, ils peuvent aujourd’hui les revendre 25 000$. Mais, sur les dix artistes qui étaient à la même galerie à l’époque, il y en a peut-être sept qui ne peignent plus, deux qui tirent le diable par la queue, et un seul qui va bien. Ça marche comme ça. »

Souvent, il suggère à ses riches clients d’acquérir une œuvre d’un jeune artiste en progression, mais aussi, une œuvre historique qui représente une valeur sûre pour leur portefeuille d’œuvres d’art. Advenant que le jeune artiste décline, l’œuvre historique pourra toujours être revendue ou être donnée à un musée contre un reçu qui sera ensuite applicable sur leurs impôts par la commission des biens culturels, à raison d’environ 50% de sa valeur.

Selon lui, il y a deux catégories de collectionneurs : le « ramasseux » ou l’accumulateur et l’autre, qui a une structure, une démarche de collection. « Certains vont acheter uniquement par plaisir et sans nécessairement avoir de culture en œuvres d’art, mais ils encouragent de jeunes artistes, ce qui est correct aussi. »

Pour monsieur Lacoursière, le meilleur collectionneur est celui qui s’informe, voit à aimer ce qu’il achète et à l’exposer sur ses murs, acquiert des valeurs sûres pour en donner aux musées et aussi, qui adopte une ligne de conduite dans sa collection. Généralement, cet amateur compte sur des professionnels pour le conseiller ou encore, une galerie en laquelle il a confiance. Il croit aussi que les artistes vivants devraient être favorisés.

« Ils sont là pour essayer de vivre et créer quelque chose. Souvent, ils n’ont pas les ressources nécessaires parce que nos gouvernements ne font absolument rien pour les aider. L’art actuel, c’est les artistes qui sont en vie, là! ».

 

Entrevue réalisée par Caroline Houde – Copyright © 2013-2014 Caroline Houde

Texte paru dans le magazine BAZZART, Spécial Marché de l’art actuel, volume 8, numéro 1, mars 2014

Téléchargez gratuitement l’intégralité de ce numéro de BAZZART en cliquant: ICI

6 réponses à “Alain Lacoursière, expert en oeuvres d’art”

  1. Christian Mailhot

    Bonjour j’aimerais faire évaluer quelques tableaux que j’ai en ma possession. Voici mes coordonnées 1-581-440-4188 merci !!!!

    Réponse
  2. André pelletier

    Bonjour je possède des petite sculpture signé sylvia d’août j’aimerais avoir une estimée de leur valeurs

    Réponse
    • Caroline Houde

      Bonjour monsieur Pelletier,
      J’ai réalisé l’entrevue avec un évaluateur, mais ce n’est pas moi qui offre ce service. 🙂

      Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Le HTML de base est permis. Votre adresse email ne sera pas publiée.

S'abonner à ce flux de commentaires par RSS

%d blogueurs aiment cette page :