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Hélène Larouche – L’art comme facteur de résilience

Au contact d’une œuvre symbolique, plusieurs clefs d’interprétations sont possibles.  En effet, l’expérience de vie et l’identité d’une personne influent sur le sens accordé à une image ou un motif émergeant de sa conscience.[1] Chez certains créateurs, l’usage de symboles fait partie intégrante d’une démarche artistique, mais aussi, d’un processus de résilience. C’est le cas de l’artiste en art visuel Hélène Larouche.

À la dérive par Hélène Larouche

À la dérive, sculpture de grès avec voilure, cordages, chaîne et paquebot en bois, 2011, par Hélène Larouche.  Tous droits réservés: Hélène Larouche. Crédit photo : Isabelle Houde Photographe

Née en 1957, l’artiste détient un baccalauréat en sciences appliquées, un baccalauréat en arts visuels de l’Université Laval ainsi qu’une formation de céramiste à l’École de Céramique de Ste-Foy.  Vers la fin des années 1980, elle délaisse une lucrative carrière d’ingénieure pour se tourner vers le milieu artistique.

« Il y a près de 30 ans, j’ai abandonné un emploi où j’étais payée 55$/heure.  À ce moment-là, je venais d’avoir mon troisième enfant.[2]  La création était devenue une question de survie pour moi.  J’en avais besoin pour conserver un équilibre. Bien entendu, la décision d’abandonner mon indépendance financière pour me lancer dans l’art n’a pas fait l’affaire de tout le monde… Je suis comme ça.  Je prends des décisions sur une impulsion et j’assume après. Quand je n’en peux plus d’une situation, je la casse.  Après, je m’arrange avec mes troubles. »

Les années suivantes, Hélène multiplie les participations à des expositions individuelles et collectives dans divers centres d’artistes autogérés, maisons de la culture et galeries à travers le Québec.   Parmi ces lieux de diffusion, on retrouve la Galerie Simon Blais, La Chambre blanche, le Centre Matéria, la Maison Hamel-Bruneau, le Belgo, le Musée de la Civilisation et la Maison Louise-Carrier, pour ne citer que ces quelques endroits.

Au début des années 2000, son nouveau statut de mère monoparentale de quatre enfants et le diagnostic d’un cancer viennent freiner la promotion de son art.

Plutôt que de mettre en veilleuse sa production artistique, Hélène choisit d’espacer les participations à des expositions.  En dépit des contraintes qui parsèment sa route, sa création demeure prolifique.

 « J’ai réalisé que même avec les contraintes, le moteur fonctionne.  Je crois que c’est dans de telles situations que l’on devient plus fort en tant qu’individu et aussi, comme artiste. » 

Depuis 2011, l’artiste occupe un poste à temps partiel en tant qu’intervenante culturelle aux Maisons du Patrimoine, des espaces muséaux supervisés par la Ville de Québec.  Cet emploi lui permet de côtoyer de nombreux acteurs du milieu artistique, mais aussi, de consacrer un grand nombre d’heures à la création dans son atelier.

Hélène Larouche en atelier

Hélène Larouche en atelier.  Crédit photo: Isabelle Houde Photographe

Le symbolisme

Hélène Larouche pratique la sculpture de grès par modelage, la peinture, l’assemblage et, depuis plus récemment, le collage. Dans ses œuvres, essentiellement figuratives, elle utilise des matériaux traditionnels mais aussi des objets récupérés, souvent détournés de leur fonction d’origine, pour créer un ensemble narratif et un langage à décoder.

L’artiste se décrit comme une symboliste. Le corps humain, symbole lié à un retour à l’état primaire et à un moyen pour réfléchir sur soi,[3] est d’ailleurs le motif le plus récurrent dans son œuvre. À travers une démarche essentiellement intuitive, elle s’intéresse notamment aux concepts des archétypes étudiés par Gustav Carl Jung.

« Pour moi, les objets et les images ont une valeur symbolique et j’accorde de l’importance à cette dimension dans mon art.   Parfois, des symboles ressortent de mon travail et je ne les comprends pas toujours sur le coup.  Je pense que nous sommes tous porteurs d’archétypes et que ça remonte à la nuit des temps.»

Selon Jung, les images et les symboles n’auraient rien de créations irresponsables de la psyché. Ils répondraient en fait à une nécessité de l’être et auraient pour fonction d’en éclairer les plus secrètes modalités.   Les archétypes seraient donc des formes de pensées préexistantes dans l’inconscient collectif et étroitement liés au comportement intuitif.  Ainsi, ils donneraient forme à un matériel psychique pénétrant ensuite le conscient. Leur existence a été démontrée, notamment par l’analyse des rêves d’adultes et d’enfants.[4]

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Conte d’hiver, collage, huile et collage sur bois, 2016, par Hélène Larouche.  Tous droits réservés: Hélène Larouche.

Être artiste et mère de famille

« Avec le temps, j’ai appris à mettre de côté les relations qui ne peuvent accepter l’importance qu’occupe la création dans mon quotidien.   Les seules concessions que j’ai faites, c’est pour mes enfants.   Ils m’ont aidé à relativiser ma production en tant qu’artiste, à comprendre que mes œuvres ne sont que des objets.  Rien ne peut être plus important que mes enfants. » 

Au fil des années, Hélène occupe plusieurs grands ateliers, dont certains qu’elle partage avec d’autres artistes tels que Bill Vincent et Michel Bois.  Toutefois, des passages financièrement plus difficiles l’obligent à s’organiser autrement pour aménager ses espaces de création.

« À un moment donné, mes quatre enfants et moi avons vécu dans un six et demi, avec trois chats.   C’était dans le quartier Montcalm à Québec.  Tu sais comme les salons sont grands dans ces appartements?  Le salon me servait à la fois d’atelier et de chambre.   En guise de salon, on utilisait une très petite chambre et on s’installait les cinq sur le divan (rires). C’est une période où nous avons vécu très pauvrement. En tant que monoparentale, trouver un emploi était difficile car j’avais les quatre enfants avec moi, dont un très jeune de deux ans.  Par contre, ce fut deux années où j’ai tellement produit ». 

Si certaines femmes artistes renoncent à la maternité pour se consacrer à leur art, Hélène prétend quant à elle que cet état lui a permis d’aller plus loin au niveau de sa démarche artistique.

« Peut-être que je serais plus connue si j’avais eu plus de temps à consacrer à la promotion de mon travail, mais il est certain que je n’aurais pas poussé ma production aussi loin.  C’est très inspirant des enfants parce qu’ils te confrontent beaucoup.    Ils sont d’une autre génération que la tienne et forcément, ils vivent autre chose que toi.   Mes enfants me gardent en contact avec le monde parce que moi, je suis une sauvage.  Je passerais tout mon temps enfermée dans mon atelier.  Puis tu sais, les adultes se censurent souvent.  Ce n’est pas le cas des enfants. Eux, ils te « pitchent » leurs émotions dans la face et après, tu dois t’arranger avec ça. Ils vivent des émotions brutes et je travaille avec ça dans mon art.»

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Totem Trois fois passera, grès, huile et collage sur boites de bois récupérées, 2014, par Hélène Larouche.  Tous droits réservés: Hélène Larouche.  Crédit photo: Isabelle Houde Photographe

Créer avec le cancer

 « Ça vraiment, c’est une agression épouvantable dans ton corps.  Le cancer m’a appris que j’étais capable de produire, même quand le physique ne va pas.  Je trouve ça vraiment extraordinaire parce que ça veut dire que je vais probablement pouvoir créer longtemps.  Je regarde Matisse qui a passé la fin de sa vie à créer en fauteuil roulant et je me dis que je serai comme ça.  Ce n’est pas le corps qui m’arrête et je trouve ça fameux. »

Selon Hélène, vivre des difficultés en présence de jeunes enfants t’oblige, en tant qu’adulte et parent, à te découvrir des forces parfois insoupçonnées.

« À chaque fois que j’ai vécu des périodes difficiles et douloureuses,  je me suis tenue debout pour mes enfants, toujours.  Aujourd’hui, je vis et je vais bien.  Le cancer et mes enfants m’ont fait réaliser que je vais mourir.  Penser à la mort ne fait pas de moi quelqu’un de lugubre. Au contraire, j’ai beaucoup de « fun » dans la vie.  Être consciente de cette réalité m’aide à relativiser les choses, à respirer par le nez et à donner de l’importance à ce qui en mérite. »

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Genèse, collage,aluminium et huile sur toile, 2014, par Hélène Larouche.  Tous droits réservés: Hélène Larouche.

Une production autobiographique

 « Mon travail est très autobiographique. Je ne parle pas de ce que je connais intellectuellement, mais de ce que je connais viscéralement ».

Au-delà d’une dimension autobiographique mise en lumière dans sa production riche en symboles, Hélène Larouche cherche à créer des œuvres porteuses d’un message à caractère social.  Elle aborde des sujets tels que la quête de soi, la vie, la mort et la liberté.  Ainsi, c’est l’avenir de l’être humain qui demeure au centre de ses préoccupations.  Si elle nous convie à une réflexion sur des questions existentielles, ces dernières sont souvent liées à des phénomènes sociaux actuels qui la touchent, tels les problèmes affectifs et/ou mentaux, à la fois silencieux et omniprésents dans notre société.

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Suis-je?, collage et huile sur manteau de cuir et fourrure récupéré, porte-cierge d’église et support de bois, 2014, par Hélène Larouche.  Tous droits réservés: Hélène Larouche.  Crédit photo: Isabelle Houde Photographe

Ainsi, son statut de mère, d’artiste, de scientifique, de femme résiliente et d’intervenante culturelle témoigne justement d’une existence vécue et sensible qui permet une approche plus personnelle sur la composition même de son activité symbolique.

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Hélène et moi sur le pont de Brooklyn, à New York,  2012


Jusqu’au 30 octobre 2016,  venez admirer les œuvres d‘Hélène Larouche et celles de Claire Bienvenue, Francine Noël, Denise Deschênes et Éric Nadeau à l’exposition collective Les Combines, à la salle Jean Paul-Lemieux de la bibliothèque Étienne-Parent, 3515, rue Clemenceau. Informations : ICI

Visitez le site web d« Hélène Larouche en cliquant : ICI

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Notes et sources:

[1] Stéphane Bigham et René Fernet, Le symbole, un messager,  Montréal, Éditions Médiaspaul, 2001, p. 66.

[2] Par la suite, Hélène a eu un quatrième enfant.

[3] Jean Chevalier et Alain Gheerbrant,  Dictionnaire des symboles, Paris, Éditions Robert Laffont S.A. et Éditions Jupiter, 2012, p. 786.

[4] Institut C.G. Jung France, 1968, Les archétypes de l’inconscient collectif, [En ligne], <http://www.cgjungfrance.com/Les-archetypes-de-l-inconscient&gt;, (page consultée le 18 novembre 2014).


Copyright © 2016, Tous droits réservés.  Caroline Houde

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